160 000 euros voilà l’obole versée par le groupe rubis à Corsica Sulidaria (le fonds mise en place par la CdC suite aux mouvement sociaux de 2018).
Il s’agit de bon d’achats d’une valeur unitaire de 20 € utilisables dans l’ensemble du réseau Vito de l’île. C’est-à-dire 8 000 bons dont la distribution leur fera, accessoirement, de la publicité.

A titre de comparaison, 20 € c’est 1.19% de la dépense annuelle en carburant d’un ménage du périurbain bastiais…
En revanche, rassurons-nous tout va bien pour le groupe Rubis en Corse en 2019.

🔴Au niveau du stockage

Les dépôts pétroliers de la Corse (DPLC) présente un bilan flatteur.
Le chiffre d’affaires 2019 est de 10 745 346 € (10 397 495 € en 2018).
Soit une augmentation de 3.35% alors que l’évolution des volumes traités n’est que de 0.8% entre 2018 et 2019.
Ce qui montre, donc, d’une augmentation des prix pratiqués par DPLC. Bien évidement ce surcout, appliqué en amont de la distribution, est répercuté sur le prix à la pompe.

D’ailleurs, il y a mieux. Entre 2017 et 2019, l’évolution des volumes traités baisse de 2% alors que le CA, lui, augmente de 3.04% !

Les bénéfices s’élèvent à 2 616 121 € soit une baisse par rapport à 2018.
MAIS DPLC a provisionné 701 000 euros en raison d’un contrôle fiscal portant sur la taxe foncière et la taxe CFE (cotisation foncière des entreprises).
Sans cette provision, le résultat serait de 3 317 121 € soit une augmentation de 6.7 %. Le bénéfice augmente depuis 2010 en moyenne de 8.4% par an.

DPLC propose une très bonne rentabilité des actifs (ROA) de 23.63% malgré un degré de vétusté de l’appareil productif de 28.6% (il était de 42.8% en 2008 lorsque Total en était l’actionnaire majoritaire).

Le groupe Rubis tire le maximum d’un complexe qui devient vétuste. Contrairement à ce qui a été annoncé, il n’y a pas eu de politique d’investissement. Les sites d’Ajaccio et de Lucciana sont pourtant classés seveso (installations industrielles dangereuses)
En 2019, 77% des bénéfices ont été convertis en dividendes que se partagent Rubis (75%) et Total (24.99%). Ces dividendes sont retirés de la sphère économique insulaire.
A noter que depuis 2010, l’ensemble cumulé des dividendes représentent 20 563 620 € soit 79% des bénéfices réalisés sur la même période

🔴Au niveau de l’activité grossiste

Vito Corse devient le plus important grossiste de Corse en dépassant Total Corse
En 2019, il affiche un CA de vente de marchandises de 180 227 700 € (+ 5,7% par rapport à 2018)
Total Corse, affiche un CA de vente de marchandises 163 622 877 € (-4,14% par rapport à 2018)

Concernant les bénéfices, Total Corse (malgré un CA inférieur) affiche un résultat supérieur à Vito Corse : 2 601 256 € contre 1 817 348 €.
Cela tient notamment à l’évolution du poste « Autres achats et charges externes ».
Si pour Total Corse il augmente à un rythme annuel de 1.4% pour Vito Corse il évolue annuellement de +9.75%.
Nous n’avons aucune visibilité sur ce poste, mais il se pourrait que cela corresponde à des facturations internes entre les sociétés du groupe Rubis.

Concernant les dividendes, Vito corse a reversé à son actionnaire unique Rubis 880 000 € soit 48.5% des bénéfices.
Total Corse, lui, a reversé à son actionnaire unique Total Marketing France 3 028 154 € soit 116% des bénéfices.
Depuis 2017, Total Marketing France va piocher dans les fonds propres de Total Corse pour augmenter les dividendes. Ils sont passés de 10 000 000 € en 2017 à 4 623 000 € en 2019.
Depuis 2017, le groupe Total s’oriente plus vers une politique de dividendes que d’investissement. Comme s’il était acté que le marché insulaire soit laissé entre les mains du groupe Rubis.

Depuis 2014, Total Corse, Vito Corse et DPLC ont généré un bénéfice cumulé de 43 224 065 € et ont distribué des dividendes cumulés de 43 006 849 € (qui, rappelons-le, ont échappé à la sphère économique insulaire puisque les actionnaires ne sont pas en Corse)
La Corse est donc un marché de rente.

Pour en revenir à ces 160 000 euros de bons d’achat du groupe Vito « généreusement » offerts au fonds de solidarité mis en place par la CdC, ils représentent 0.09% du CA de Vito Corse. Il leur suffit d’augmenter de manière infinitésimale le prix des carburants pour reprendre de la main gauche ce qui a été de la main droite !

« L’honneur est la dernière richesse des pauvres » disait Albert Camus.

C’est pour cela qu’il serait plus digne de refuser ces bons d’achat car la Corse ne saurait se satisfaire- de l’aumône du groupe Rubis.
Ce qu’il faut à la Corse ce sont des prix en adéquation avec la situation économique et sociale de l’ile.

Force est de constater que depuis la déréglementation des prix en 1985, l’ile connait des dérapages. C’est la raison pour laquelle il faut absolument que les prix soient réglementés comme dans les DOM.