Notre obstination nous inscrit dans la durée. Il n’est pas question pour nous de lâcher la question des carburants tant que les solutions ne seront pas mises en place.

Dans notre société, où un sujet en chasse un autre, la tentation est grande de laisser le temps faire son œuvre au lieu de régler un problème.

Le problème de la cherté des carburants en Corse remonte très exactement à 1985.
Jusqu’alors les prix étaient réglementés et, bénéficiant d’un TVA, déjà réduite, la Corse offrait les carburants parmi les moins chers de France.

Si les prix ont été libéralisés c’est parce que la grande distribution, pas ses bas prix, pouvait assurer une forme de réglementation. Or, tout comme dans les DOM, aucune enseigne de la grande distribution n’a jamais proposé de carburant en Corse car, tout comme les DOM, le marché était verrouillé en amont (dépôts pétroliers).

Seulement, depuis 1985, aucun élu ne s’est jamais donné la peine de se pencher sur cette singularité. Même, en 1989, les condamnations distribuées par l’autorité de la concurrence, pourtant saisie dès 1986 par l’association des consommateurs, n’ont pas conduit à la mise en place d’un suivi permettant d’anticiper les futurs dérapages liés à une concurrence défaillante.

Depuis 1985, cela veut dire qu’un certain nombre d’élus se sont succédés à la tête de la région, la majorité actuelle n’est pas responsable d’une situation dont elle hérite. Mais, compte tenu de la hausse du prix du baril, il lui incombe de trouver une solution.
Loin de laisser les élus, seuls, face au problème, nous avons décidé de participer à la recherche d’une solution en travaillant sur le sujet. Ce travail devant permettre à régler le problème.

Il faut dire que les compagnies pétrolières avaient un argument imparable.
Une île, ça génère un surcoût !
Un argument incroyable, renvoyant la responsabilité de la cherté à la Corse elle-même.

Pourtant, sur une île censée être un territoire métropolitain, le pouvoir d’achat population ne saurait souffrir du caractère îlien.
Mais, surtout, il s’agit de surcoûts magiques ! En effet, qui entend « surcoûts », comprend que cela impacte négativement les résultats et, donc les dividendes, d’une entreprise.
C’est tout le contraire ! En Corse, les surcoûts dopent les dividendes en n’impactant que les consommateurs !

D’ailleurs, les bilans 2018 de Total Corse, Vito Corse et des dépôts pétroliers (DPLC) confirment cette tendance.
En 2018, l’ensemble des dividendes s’élèvent à 7,4 millions d’euros.
Depuis, 2014, ces dividendes augmentent à une moyenne annuelle de 25% !
Il faut bien avoir à l’esprit que cette somme est captée par les groupes Total et Rubis. C’est-à-dire que ces millions sont retirés à l’économie insulaire.
Depuis 2014, les dividendes représentent 95% des bénéfices. C’est-à-dire que seulement 5% du résultat sont investis en Corse.

dvidendes cumulés

Notons également qu’il se peut que les sociétés mères facturent leurs filiales insulaires pour des prestations noyées dans le poste « autres charges externes ». Nous n’avons aucune visibilité sur ce point

Autre élément qui interpelle c’est l’évolution de la marge par rapport à celle du chiffre d’affaires.
Entre 2017 et 2018 :

  • Pour Vito Corse, le CA vente de marchandises augmente de 48.38% et la marge, quant à elle, croit de 53.76% soit de manière plus forte que le CA.
  • Pour Total Corse, le CA augmente de 20% et la marge de 4.1%. Soit l’inverse.

Cela tend à démontrer clairement une politique de marge chez Vito.

D’ailleurs, si on examine les dépôts pétroliers de la Corse (DPLC) dont Rubis détient 75%, les comptes publiés nous apprennent que l’activité de DPLC a baissé de 2.8% (c’est écrit noir sur blanc). C’est-à-dire que les dépôts ont eu un volume moins important à traiter.
Or, dans le même temps, le CA de DPLC n’a baissé que de 0.31%.

Comment peut-on, malgré un volume plus faible, maintenir un CA ? Tout simplement en augmentant le tarif !

« Mais nous appliquons la même augmentation à tout le monde ! » se défend Rubis.
Il faut se rappeler que Rubis détient 75% des dépôts et Total 24.99% (une tierce personne détenant 0.01%).

Pour simplifier étudions une augmentation de 1 c€/l :

  • Vito Corse doit payer à DPLC 1c€/l ; augmentation répercutée sur le prix de vente
    • Rubis récupère 0.75 c€/l et Total 0.249 c€/l
  • Total Corse doit payer à DPLC 1c€/l ; augmentation répercutée sur le prix de vente
    • Rubis récupère 0.75 c€/l et Total 0.249 c€/l
  • ESSO (Ferrandi) doit payer à DPLC 1c€/l ; augmentation répercutée sur le prix de vente
    • Rubis récupère 0.75 c€/l et Total 0.249 c€/l

Donc, pour chaque centime d’euro par litre d’augmentation :

  • Total encaisse 3×0.249 soit 0.747 c€/l soit une perte de 1-0.747= 0.253c€/l
  • Rubis encaisse 3×0.75 soit 2.25c€/l soit un gain de 1.25c€/l.

On comprend mieux l’empressement de Rubis à mettre la main sur les dépôts pétroliers.

Bien entendu, ESSO, Total Corse et Vito Corse, qui ont payé l’augmentation, la répercute en aval à destination des stations-service qui, à leur tour, la répercute sur le prix à la pompe
Au final, les grands perdants de l’histoire sont bien les usagers corses à qui on fait croire que c’est le coût de l’insularité.

A l’approche des élections, les élus seraient bien inspirés de le comprendre et de se battre enfin pour la défense de l’intérêt général des Corses.
Pour cela c’est très simple :

  • Il faut s’assurer, comme s’y est engagée la Préfète de Corse, que les tenants et aboutissants du rapport de la DGCCRF soient rendus publics.
  • Il faut veiller à ce que l’enquête de l’autorité de la concurrence se fasse dans les meilleurs délais.
  • Il faut demander la mise en application de l’article L410-2 du code de commerce qui donne à l’Etat la possibilité de réglementer les prix dans les zones où la concurrence par les prix est limitée en raison soit de situations de monopole ou de difficultés durables d’approvisionnement