Vous qui nous suivez depuis de nombreux mois, vous savez notre détermination. Nous n’avons aucune prétention à vous représenter, mais ce que nous pouvons affirmer c’est que notre détermination c’est également la votre ! Nos questions, nos interpellations ce sont également les vôtres.

La cherté des carburants en Corse remonte à 1985.
Depuis, la Corse a connu 5 présidents de l’assemblée de Corse et 5 présidents de l’exécutif de Corse sans que jamais ce problème n’ait été réglé.

Nous l’avons vu la dépense annuelle de carburant par ménage peut attendre dans certains endroits de Corse 1 685 € alors que la moyenne nationale est de 700 €. De plus, ce sont les plus fragiles (retraités, les jeunes…) qui sont le plus durement frappés.

Nous aurions pu choisir de dénoncer, à force d’ingéniosité, de mille façons différentes un même problème. Mais, nous avons choisi de nous orienter vers une autre démarche.
Celle de participer à la résolution du problème. Et, en partant du principe qu’un problème sans solution est un problème mal posé, nous avons passé une partie considérable de notre temps libre à comprendre tout le système de distribution des carburants en Corse.
En somme, au lieu de nous contenter d’exiger des actions à nos élus, nous avons voulu prendre une part active dans la recherche d’une solution, leur permettre d’y voir plus clair.

Cependant, nous nous demandons si la sphère politique a compris notre démarche innovante.
Nous ne nous attentions pas à ce que nos analyses soient prises pour argent comptant, nous n’avons jamais revendiqué le titre de spécialistes en carburants.
Et, l’intervention d’un expert ne nous a pas heurtés. Mais, sans doute en raison d’un délai imposé trop court (un mois), l’expert s’est contenté d’une étude qui a mis noir sur blanc les chiffres communiqués par les professionnels du secteur que nous dénonçons tout en balayant toutes nos objections (après tout, nous ne sommes que des éléments de la société civile, c’est-à-dire des ignorants).

Nous avons, donc, la sphère politique qui s’en remet aux « experts » et des « experts » qui considèrent que seuls les professionnels savent (forcément c’est leur métier).

La boucle est bouclée.
Passez votre chemin, il n’y a rien à voir !

Pourtant, pour bien appréhender les dires des acteurs de la filière carburant, il aurait été avisé de savoir à qui on avait affaire.
Ce n’est pas très compliqué puisque Rubis ne sévit pas que sur l’île. C’est un groupe implanté dans diverses parties du globe et spécialiste des marchés de niche.

Le principal point commun entre les territoires où Rubis s’est implanté, ce sont des carburants estimés bien trop chers par rapport à leur réalité économique et sociale.
Et, il se trouve que d’autres experts se sont livrés à des analyses.

Prenons, par exemple, Madagascar ! Il s’agit d’une île dans laquelle, après le rachat de Galana en 2017, Rubis est devenu le leader de la distribution de carburant et a fait main basse sur le principal dépôt d’importation d’hydrocarbures.

La banque mondiale, qui en connait un brin en matière d’analyse, a publié, début 2019, une note de conjoncture économique sur la gestion des carburants à Madagascar.
Dans ce document il est écrit : « Les sociétés pétrolières malgaches ont des marges plus élevées que dans tous les autres pays de comparaison »
On y apprend également que « Les coûts facturés pour le déchargement des produits au terminal de Toamasina (NDLR : Rubis en est propriétaire) sont élevés à Madagascar par rapport aux pays de comparaison »

De plus, le Centre de Recherches, d’Etudes et d’Appui a l’Analyse Économique de Madagascar (CREAM), créé avec l’appui programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a publié, en mai 2019, une étude sur la hausse des prix des carburants à Madagascar, qui nous apprend que « les taxes pétrolières à Madagascar sont considérées comme étant parmi les plus bas au monde mais c’est plutôt les marges bénéficiaires du distributeur qui font grimper les prix des carburants »

Le groupement des pétroliers de Madagascar (GPM), sorte de syndicat chargé de la défense des intérêts des compagnies pétrolières, a interpellé la Banque Mondiale en évoquant des « postes de couts que les études de la Banque mondiale n’ont pas jugé utile de prendre en compte malgré leur pertinence ».

C’est-à-dire exactement les mêmes arguments que Rubis nous oppose en Corse. Et pour cause, le président du GPM est Philippe Nicolet, par ailleurs, directeur général de….. Rubis énergie.

Rubis est considéré comme « la pépite de la distribution de l’or noir » (le Revenu mai 2018).
Rubis est l’une des valeurs préférées de la banque Goldman Sachs (le Figaro 14 mai 2017).
Rubis est un groupe dont le très discret dirigeant et fondateur Gilles Gobin avait, en 2017, la deuxième plus forte rémunération du CAC 40 avec 21.1 millions d’euros.

Bien que, en Corse, les dividendes de Rubis aient augmenté, entre 2012 et 2017, de 580%, on voudrait nous faire croire que Rubis applique sa stratégie partout sauf… en Corse ?
Une stratégie résumée dans un flash éco du figaro (07/02/19): « L’activité de distribution (2018) a été marquée par des volumes en légère baisse de 1%, un recul qui a été plus que compensé par une forte progression des marges »

Pourquoi ? Est-ce parce que le numéro 2 d’une toute petite filiale de Rubis, Vito corse, est un Corse ? Ou pense t on que Rubis ne peut que s’incliner devant les valeurs humanistes de Pascal Paoli en renonçant à sa politique de dividende sur l’île? (vous aurez saisi notre ironie)

Lors de la dernière session de l’assemblée de Corse, à propos du prix de l’immobilier, le Président Jean Guy Talamoni a posé cette question : « accepterons-nous ou pas de laisser la force de l’argent expulser nos jeunes de leur pays? »

Alors, à notre tour, nous poserons cette question : « Alors que 42% des moins de 30 ans sont vulnérables en matière de dépense de carburant, accepterons-nous ou pas de laisser la force de l’argent enfoncer nos jeunes dans la pauvreté ? »