Les 4 et 5 juillet prochains, le Premier Ministre doit venir en Corse. Espérons qu’à cette occasion, les conclusions de l’enquête de la DGCCRF sur la distribution des carburants en Corse seront, enfin, rendues publiques.

Mais, d’ici là et pour bien saisir ce qui cloche dans la distribution des carburants, il suffit de revenir à une analyse plus épurée de la formation des prix des carburants.

L’union française des industries pétrolières (UFIP) décompose la formation des prix en deux ensembles : la TICPE et le prix produit

  • La TICPE (la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) est la taxe principale prélevée par l’Etat. Aussi étonnant que cela puisse paraître cette taxe est soumise à TVA. En somme, une taxe sur la taxe.
  • Le prix produit, lui, se décompose en un coût du produit raffiné et la marge brute de distribution. La marge brute de distribution intègre le transport, les différentes taxes telles que la TGAP ou la CEE (certificat économie d’énergie), la marge des grossistes (par exemple, Total ou Vito) et la marge des détaillants (stations-service).
    Bien entendu, le prix produit est également soumis à TVA.

Suivant cette décomposition de la formation des prix des carburants, si l’on compare le réseau insulaire au réseau équivalent des Bouches du Rhône (sans les stations low-cost ou des hypermarchés), on se rend compte que, sur le gazole ou le SP95, la marge de distribution en Corse est presque le double de celle des Bouches du Rhône  :

décomposition prix carburant

  • Gazole : 30,5 c€/l en Corse contre 16,9 c€/l dans les Bouches du Rhône.
  • SP95 : 33,5 c€/l en Corse contre 18,6 c€/l dans les Bouches du Rhône

On nous explique que cette différence serait due au surcoût lié insularité. Or, ce surcoût se décompose en transport maritime et les dépôts pétroliers de la Corse.
Nous vous l’avons déjà expliqué le transport routier ne serait être un surcoût puisque près de 84% des stations-service insulaires se situent dans les principales agglomérations et sur les axes majeurs de la Corse. (https://a4c.home.blog/…/la-realite-du-maillage-des-station…/)
En 2018, si l’on se fie au rapport commandité par la CDC, ce surcoût lié à l’insularité est donc de 4.7 c€/l.

Notons, au passage, que ce surcoût absorbe l’augmentation spectaculaire des dividendes des dépôts pétroliers de la corse :+245% entre 2010 et 2017

Que cela soit sur le Gazole ou le SP95, si on retranche le surcoût lié à l’insularité, la marge brute de distribution reste :

  • Sur le gazole, 55% plus élevée en Corse que dans le réseau comparable des Bouches du Rhône
  • Sur le SP95, 52.4% plus élevée en Corse que dans le réseau comparable des Bouches du Rhône.

Preuve que l’insularité est loin , très loin, d’expliquer la cherté des carburants en Corse.

Enfin notons que la différence fiscalité entre la Corse et les Bouches du Rhône montre que :

  • Sur le Gazole, la fiscalité en Corse est 8.5 c€/l moins chère que sur le continent
  • Sur le SP95, la fiscalité en Corse est 9.2 c€/l moins chère que le continent

La TVA à 13% (au lieu de 20%), une TICPE réduite (notamment parce que la Corse est la seule région à ne pas appliquer la majoration régionale) couvrent presque deux fois le surcoût lié à l’insularité sans que cela ne se répercute sur le prix des carburants à la pompe !

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