Nous avons eu énormément de questions sur l’écart important des prix affichés entre, les stations situées dans la zone allant de Vescovato à Ghisonaccia avec, par exemple, la zone de Bastia-Lucciana.

Et, avant de poursuivre notre critique du rapport Ecopa commandité par la collectivité de Corse, il convient de faire un point cette interrogation.

Mais avant toute chose faisons un rapide tour d’horizon des stations insulaires.

Il y an, en 2019, 127 stations services distribuant plus de 500 m3 par an répertoriées sur le site prix-carburants.gouv.fr : 59 stations Vito, 45 stations Total, 22 stations ESSO et une station indépendante.

A ces stations, s’ajoutent environ 14 stations distribuant moins de 500m3 par an qui n’ont pas obligation d’indiquer leur changement de prix sur le site cité précédemment.

Les stations insulaires comptent en moyenne 3,85 salariés contre 1,85 salariés par station service au niveau national.

Dans un article de Corse Matin, le syndicat des pompistes, récemment réactivé, indiquait que le débit moyen des stations insulaires était de 2 318 m3 par an.
L’enquête 2017 réalisée par l’union française des industries pétrolières nous apprend que le débit moyen national des stations du réseau traditionnel (hors grande et moyenne distribution) est de 2 814 m3.
Les débits ne sont pas si éloignés contrairement à ce que l’on a l’habitude d’entendre. Et, il faudrait pour que les stations insulaires aient le même débit que le débit national moyen du réseau traditionnel, réduire le nombre de stations de 23 unités.
Etudier le réseau par débit semble bien plus pertinent que l’étudier sous le ratio nombre d’habitants par station,comme le fait l’étude Ecopa. En effet, le nombre d’habitants par station implique, par exemple, de comparer le maillage du transport en commun qui est quasiment inexistant en Corse.

Lors des réunions tenues sous l’égide de la collectivité de Corse nous avons admis que nous voulions éviter de toucher au réseau des stations. Mais nous y reviendrons plus tard.

Concernant la différence de prix des stations. Nous avons répertorié sur une carte de la Corse les 10% les moins chères et les 10% les plus chères. (carte réalisée le 25 février 2019)

repartition des stations moins chères et plus chère 26 février 19
Sans surprise les stations les plus chères se trouvent être dans les endroits les plus reculés. Exception faite d’une station à Calvi, de la zone de Porto Vecchio et d’une dernière à Aléria.
En revanche, les stations les moins chères sont concentrées en plaine orientale. Il ne s’agit pas des stations les plus importantes, ni les plus proches des dépôts.

Ce qui saute aux yeux c’est qu’il n’y pas une guerre de prix à l’intérieur d’un territoire donné mais plutôt une guerre des prix entre territoires. Les zones de passage s’opposent aux zones de marché captif à l’intérieur desquels les consommateurs travaillent et résident (ex : le grand Bastia)

Mais, réglons, une bonne fois pour toute, le problème de la distance aux dépôts pétroliers. En matière de transport routier, il y a une péréquation. Les grossistes (Vito Corse, Total Corse, Ferrandi) facturent 1.5c€/l toutes les stations où qu’elles se trouvent. L’éloignement des dépôts ne sauraient expliquer une différence de prix

Mais alors que les pompistes prétendent prendre une marge de l’ordre de 7c€/L comment les stations de la plaine orientale peuvent être moins chères de 7c€/l à 10 c€/l que celles du grand Bastia ? Y vend-on à prix coûtant le carburant en plaine orientale ?
Et bien non !

Ce qu’il faut savoir c’est que, pour une station, c’est le propriétaire du fond de commerce qui négocie le contrat d’approvisionnement exclusif avec un grossiste. Or, ce contrat prévoit ce que le rapport Ecopa appelle pudiquement « contribution à l’investissement » et ce que nous allons appeler une prime au volume. Cette prime est de l’ordre de 7c€/l.
Cela veut dire qu’un propriétaire qui exploite sa station bénéficie de la prime au volume (7c€/l) et de la marge qu’il applique au prix d’achat du carburant que lui vend le grossiste (en moyenne 7c€/l). Donc un propriétaire qui exploite sa station peut jouer sur 7+7=14 c€/l

En revanche, le gérant qui n’est pas propriétaire du fond du commerce ne peut jouer que sur la marge qu’il applique sur le prix d’achat su carburant que lui vend le grossiste, qui lui est imposé par le propriétaire du fond de commerce, soit uniquement 7 c€/l.

Donc, une partie des stations peuvent jouer sur 14 c€/l (les propriétaires exploitants) alors que l’autre partie des stations ne peuvent jouer que sur 7c€/l (les gérants non propriétaires).

Les propriétaires exploitants de la plaine orientale ont décidé de marger très peu voire pas du tout, en ne jouant que sur la prime au volume. Ils misent sur l’écart des prix pour attirer la majorité des automobilistes qui ne font que traverser le territoire sur lequel ces stations sont implantées.

En revanche, à l’intérieur d’un marché captif comme le grand Bastia (zone à l’intérieur de laquelle la majorité des automobilistes travaillent et résident), les propriétaires exploitants pratiquent des prix de vente sensiblement identiques à ceux des gérants non propriétaires. Ces derniers qui ne peuvent jouer que sur 7c€/l ne résisteraient pas à une guerre des prix contre les premiers qui peuvent jouer sur 14c€/l. Et puis pratiquer une guerre des prix à l’intérieur d’un marché captif c’est un peu détruire la poule aux œufs d’or.

Il n’est pas aisé de condamner cette solidarité que semblent exprimer les propriétaires exploitants à l’égard des gérants non propriétaires plus fragiles

Cependant la question porte sur qui doit payer cette solidarité ? Et, il ne nous semble pas que cela soit aux consommateurs corses d’en payer le prix. Surtout au regard des dividendes, de plus en plus importants, dégagés en amont des stations services par les compagnies pétrolières.

Aucune donnée, et le rapport Ecopa commandité par la collectivité de Corse, ne nous éclaire pas, ne peut nous permettre de connaitre la répartition entre les propriétaires exploitant et les gérants non propriétaires.

Nous savons que parmi les stations dont le gérant n’est pas propriétaire une vingtaine sont détenues par les grossistes (Vito Corse, Total Corse et Ferrandi).
Il va sans dire qu’une station service qui reste fermée car elle ne trouve pas de gérant pour l’exploiter se déprécie. Les grossistes, pour ne voir leurs actifs se déprécier, ont tout intérêt à éviter une guerre de prix entre les propriétaires exploitants et les gérants non propriétaires.
Cela tombe bien puisque, par ailleurs, les grossistes vendent le carburant aux propriétaires exploitants ! Dans quelle mesure font ils pression ? La question reste ouverte…

Nous n’avons jamais appelé à la réduction du réseau. Mais, ce n’est pas aux habitant de l’île dont 108 000 gagnent moins de 1 350 euros par mois de payer le soutien aux gérants non exploitants.
Et, ce n’est pas, non plus, à ces mêmes habitants de payer pour un maillage imparfait des stations services. Il vaut mieux une grosse station avec deux fois plus d’employés que deux stations distantes de quelques mètres qui, au mieux, ne peuvent que survivre !

Nous aurions aimé que ces points soient abordés. Malheureusement, cela n’a pas été le cas…