Nous pensions que les mouvements sociaux de la fin d’année 2018 leur permettraient de comprendre qu’il y avait une certaine mesure à ne pas dépasser.

Nous pensions que la prise de conscience de nos élus de la situation intolérable dans laquelle les plonge le prix des carburants allait calmer la recherche effrénée de dividendes.

Il n’en est rien. Et c’est même pire qu’avant.

Pour preuve, nous vous invitons à lire les graphiques concernant l’écart sur gazole qui reste le carburant le plus consommé sur l’île.

Nous avons comparé le réseau insulaire avec le réseau des Bouches du Rhône auquel nous avons soustrait le réseau de la grande et moyenne distribution et le réseau des stations low-cost.
Les Bouches du Rhône est un territoire pertinent de comparaison car l’approvisionnement se fait au même endroit que la Corse.

Evolution de l’écart HT entre le 01/01/2018 et le 28/02/2019

écart gazole 010118 280219

On se rend compte qu’après 11 mois de forte hausse, soudainement, l’écart a chuté.
Et à partir de quel moment a-t-il chuté ?
Et bien, à partir du moment où nous avons médiatisé notre démarche et où les gilets jaunes ont commencé à occuper la rue.
Seulement depuis le 12/12/2018, c’est-à-dire au moment où les élus ont appelé à l’apaisement avec la mise en place d’une conférence sociale, l’écart s’est remis à augmenter.

Nous avons décomposé la période allant du 01/01/2018 au 18/02/2019 en trois sous période.

  1. L’écart entre le 01/01/2018 et le 17/11/2018

écart Gazole 010118 171118

L’écart a cru passant de 8 c€/ml à plus de 14.5 c€/l soit une augmentation de 80%. On peut estimer que la hausse de la fiscalité et la hausse du prix du baril ont représenté de bonnes excuses pour faire admettre une hausse de prix.

2) L’écart entre le 18/11/2018 et le 11/12/2018

ecart gazole du 181118 au 111218

Il a fondu comme neige au soleil à tel point que la courbe prend un profil atypique se confondant presque avec une ligne droite.

En moins de 3 semaines l’écart a chuté de 40%. Notons qu’il s’agit d’un écart. La baisse du prix du baril n’est pas la cause de la chute de l’écart car il a profité à la Corse comme aux Bouches du Rhône.

Comment ne pas voir l’influence des mouvements sociaux sur l’écart? Soucieuses d’éviter un embrasement social, les compagnies pétrolières semblent avoir réduit de manière significative l’écart.

Au plus bas, le 11/12/2018, le prix moyen TTC insulaire était de 1.1 c€ plus élevé que le prix moyen du réseau des Bouches du Rhône.

On voit bien que l’écart n’est pas de nature structurelle (la Corse est une ile montagneuse aux routes sinueuse) mais de nature structurelle. En effet, il dépend de la seule volonté des compagnies pétrolières.

3) Période du 12/12/18 au 28/02/2018

écart gazole 121218 280219

L’écart repart à la hausse est de plus belle. La hausse est 4 fois plus forte qu’elle ne l’a été sur la période du 01/01/2018 au 17/11/2018.

On retrouve le prétexte de la hausse du prix du baril.

Cependant, entre le 12 décembre 2018 et le 28 février 2019, le prix du baril a augmenté de 10%.

Or, pendant cette même période l’écart HT a augmenté de 36.46%.

Mais surtout, et pire, tout semble indiquer que la participation à la conférence sociale des contestataires (dont nous faisons partie) a envoyé un signal d’apaisement social dont les compagnies pétrolières ont profité pour récupérer au plus vite les dividendes perdus lors de la baisse de l’écart de fin d’année 2018.

On peut y voir, également, une autre raison plus pernicieuse.

En effet, la CDC appelle à activer le levier fiscal en baissant la TVA et en en supprimant la TGAP.

Si les compagnies pétrolières veulent récupérer une bonne partie d’une possible baisse fiscale, elles ont tout intérêt à atteindre l’écart le plus haut avant sa mise en œuvre.            Un peu sur le même principe que certains magasins qui augmentent leurs prix avant les périodes de soldes.

Nous attendons, avec impatience, les résultats de l’enquête de la DGCCRF en cours mais nous nous interrogeons sur la possibilité de faire entrer l’Europe dans la danse en portant à leur niveau le problème du monopole qui se met en place en Corse depuis 2009.

Et nous n’écartons pas la possibilité d’une grande mobilisation dont le mot d’ordre plus général serait de mettre un terme aux agissements de ceux qui veulent faire de la Corse un marché de rente au détriment de sa population et de son économie.

Car il faut le dire, de manière claire et sans détour : maintenant, ça suffit !!!