On ne va pas se mentir. Concernant le prix des carburants en Corse, la proposition de l’inspection générale des finances, reprise par le Ministre Bruno Le Maire lors de sa venue à Ajaccio, est décevante, très décevante !!
L’inspection générale des finances est restée sur le constat lancé à la volée par Bruno Le Maire, lors de sa visite de juin : en Corse, la grande distribution ne commercialise pas de carburant. On ne va pas fâcher le boss!

Ainsi, donc, le problème des prix en Corse serait dû au fait que la grande distribution ne commercialise pas de carburant ! Une grande distribution responsable de la cherté des produits qu’elle vend mais aussi qu’elle ne vend pas ! Ben voyons…

Petit et rapide flash-back :
Les politiques de libéralisation des années 1980 ont permis à la grande distribution de vendre les carburants. Les hypermarchés étaient implantés en périphérie de zone urbaine avec de grand parking pour accueillir des milliers de voitures. Facilité de stationnement, prix attractifs et diversité de l’offre a été le cocktail de la réussite de la grande distribution. A cela, c’est ajouté la vente de carburant qui est devenu un produit d’appel vendu à prix coûtant. Ça a été le jackpot !

Or, en Corse, la grande distribution s’est toujours bien gardée de s’attaquer au marché de l’essence.
Toujours ? Non pas tout à fait. Certains se souviendront du centre commercial de Furiani qui a eu sa station-service intégrée. Mais, loin d’être la panacée, la station a vite été vendue.
Pourquoi ? C’est simple. Les pétroliers exercent un monopole sur le secteur amont de la distribution. Ils ont en charge l’approvisionnement et le stockage en contrôlant la société des dépôts pétroliers de la Corse. Ce qui limite toute ouverture du marché de la distribution.
Vous imaginez les pétroliers servir docilement des stations-service de la grande distribution ?

D’ailleurs, nous, pauvres citoyens sommes vus comme des « idiots » par les pontes de l’inspection générale des finances, au CV long comme le bras, et par nos gouvernants.
Car, si nous étions un tant soit peu intelligents, nous regarderions du coté des DOM.
Et que verrions-nous ? Et bien, les compagnies pétrolières qui exercent un monopole sur le secteur amont de la distribution ce qui leur permet d’assurer la totalité de la distribution de carburants (cf. photo). Ainsi, la grande distribution n’y commercialise pas les carburants!
Même cause, même effet !

Aussi, dans les DOM, sous la pression de la rue en 2009, quand l’Etat a dû agir pour faire baisser le prix des carburants, il n’a pas supplié la grande distribution de vendre les carburants. Il connaissait sa réponse.
Mais, l’Etat a dégainé le décret Lurel, imposant la transparence aux compagnies pétrolières. Et, sur la base de cette transparence, les préfets fixent tous le mois les maxima des prix à la pompe et encadrent la marge des compagnies pétrolières.
Ce monopole amont explique pourquoi les acteurs de la grande distribution en Corse ont exprimé au Ministre leur refus catégorique de s’attaquer au marché de la distribution des carburants. Il faudrait que la grande distribution se dote de dépôts et qu’elle les approvisionne par ses propres moyens. Seule manière d’échapper au monopole amont exercé par les compagnies pétrolières. Cela représente beaucoup trop d’investissement pour un gain marginal.

La société Rubis et son enseigne de distribution Vito sont fortement représentés dans les DOM. Et, ils ne semblent pas gênés par les tarifs réglementés qui rendent le carburant bien moins cher qu’en Métropole.
Pourtant, la même société Rubis, la même enseigne de distribution Vito nous expliquent qu’en Corse les prix doivent être les plus chers de France pour que cela soit viable !!
Étonnant! N’est ce pas ?

Pendant ce temps là, Bruno Le Maire a dit en juin 2018 : « la grande distribution ».
L’inspection générale des finances a mis 4 mois pour conclure : « la grande distribution ».
Et la grande distribution dit : non !

Le temps passe, les prix augmentent et de plus en plus de Corses sont au bord du gouffre !
Nous ne pouvons plus l’accepter alors que se profilent à l’horizon de nouvelles augmentations de taxe